© HOP.office, Auke De Backer, Beste Çakir, Didier El-Bacha, Joris Van Reusel en Tom De Koninck

Construire la biodiversité : du verdissement décoratif à une véritable valeur écologique

La biodiversité figure de plus en plus souvent à l’agenda des architectes, des maîtres d’ouvrage et des décideurs publics. Mais comment passer d’un simple « verdissement » à des bâtiments qui contribuent réellement à la nature et à l’adaptation au climat ? Trois voix issues des politiques publiques, du secteur de la construction et de l’écologie partagent leur regard sur la question.

La biodiversité ne doit pas être un simple « accessoire »

Wim Garmyn, coordinateur de projet « construction adaptée au climat » chez Embuild Vlaanderen (l’organisation représentative du secteur de la construction en Flandre), constate que le secteur fait face à de nombreux défis liés au climat, mais aussi à de belles opportunités.

« Le secteur est sous pression, c’est indéniable. Adaptation au climat, gestion de l’eau, chaleur, biodiversité… tout se croise dans nos projets. Mais je constate chez les entrepreneurs et les concepteurs une grande volonté d’amélioration », explique-t-il. « Le vrai problème n’est pas le manque de volonté, mais la façon encore trop superficielle dont la biodiversité est abordée. » Selon lui, le verdissement se limite trop souvent à un geste symbolique : un toit vert, un arbre, un peu de végétalisation de façade. «  C’est joli sur un plan ou un rendu 3D, mais dès qu’on creuse un peu — le projet est-il étayé par une expertise écologique ?  A-t-on réfléchi aux espèces, à la gestion, au long terme ? — on reste sans réelle réponse. »

Son message est clair : «  Ne mettez pas en place des solutions « naturelles » juste parce que c’est la mode ou une obligation. Considérez-les comme une opportunité d’investir dans une véritable valeur écologique : des conceptions intégrées, adaptées à leur environnement, qui renforcent les réseaux bleu-vert et font réellement progresser la biodiversité. » Chez Embuild Vlaanderen, l’accent est donc mis sur le partage de connaissances et la sensibilisation, via des projets sur les toits climatiques, la construction respectueuse de l’eau et de la construction à biodiversité positive, comme le projet Interreg Natuur-inbouw, souvent en collaboration avec des partenaires tels que Buildwise. « Quand la biodiversité est intégrée dès le départ — avec l’architecte, l’entrepreneur et le maître d’ouvrage — le surcoût reste limité et la valeur ajoutée est considérable. »

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Quand la biodiversité est intégrée dès le départ — avec l’architecte, l’entrepreneur et le maître d’ouvrage — le surcoût reste limité et la valeur ajoutée est considérable.

Vert ne rime pas automatiquement avec biodiversité

Cette nuance est immédiatement partagée par Dirk Criel, conseiller écologique, actif au sein de Natuurpunt, association flamande de protection de la nature. Il accompagne des projets de construction et d’infrastructure dans l’intégration de la nature et de la faune, et constate où les choses dérapent, souvent malgré de bonnes intentions. « Beaucoup de gens connaissent le principe, mais ignorent les détails », dit-il. « On verdit beaucoup, mais écologiquement cela ne tient souvent pas la route. Vert ne rime pas automatiquement avec biodiversité. »

Dirk rappelle que la biodiversité ne se limite pas aux plantes ou aux animaux : elle concerne aussi les structures, les habitats et les processus. « Un toit vert composé uniquement de sédums n’est pas un écosystème à part entière. L’épaisseur du substrat, la diversité, les refuges et les sites de nidification : c’est cela qui fait la différence. » D’après son expérience, la construction à biodiversité positive peut commencer par de petites interventions — « une simple ouverture de nidification dans une façade » — mais aussi évoluer vers des solutions plus spécifiques, par exemple pour les chauves-souris ou les martinets. L’aspect crucial, c’est un accompagnement adéquat.

« C’est pourquoi le projet Natuur-inbouw donne une telle place à la formation. Nous avons besoin de conseillers écologiques qui parlent la langue du secteur de la construction. Cette fonction de passerelle est essentielle pour éviter les erreurs et saisir les opportunités. » Il insiste également sur l’importance de laisser plus de place aux processus naturels : « Tout ne doit pas être parfaitement « fini » ou « carré » au moment de la réception. Parfois, savoir lâcher prise — dans un cadre clair — est précisément ce dont la nature a besoin. »

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Construire pour la nature est aussi un choix politique

Si Wim et Dirk parlent surtout d’un point vue pratique et sur base de leur expertise, Niels Luyten, coordinateur « construction à biodiversité positive » à la Province de Flandre-Orientale, apporte un point de vue politique.

« Pour moi, climat, nature et biodiversité sont indissociables », affirme-t-il. « En tant que province, nous aspirons à des villes et villages vivables à l’horizon 2050. Les réseaux bleu-vert et la construction à biodiversité positive ne sont pas un luxe : ce sont des fondements indispensables. » Dans le cadre du projet Interreg Natuur-inbouw, la province teste concrètement ce qui fonctionne, via des sites pilotes en construction neuve et en rénovation, en collaboration avec plusieurs partenaires. « Nous ne voulons pas rester dans la théorie, mais apprendre sur le terrain : qu’est-ce qui est techniquement faisable, qu’est-ce qui fonctionne écologiquement, et comment intégrer cela dans un processus de construction ? »

Selon Niels, les pouvoirs publics ont un rôle essentiel : fixer des ambitions claires, une vision à long terme et des outils pour guider les concepteurs et maîtres d’ouvrage. « Le défi, c’est que la nature prend du temps pour produire ses effets, alors que la politique fonctionne souvent par cycles de cinq ans. Il faut oser nommer cette tension. » Il pointe également l’importance de l’adhésion sociale : « Les citoyens apprécient énormément le vert et la nature, surtout en contexte urbain. La question est de savoir comment mieux traduire cette valeur citoyenne dans les décisions de conception, de permis et de financement. »

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De l’exception à l’évidence

Tous trois s’accordent : la construction à biodiversité positive ne doit pas rester une niche. « Aujourd’hui, tout repose encore trop souvent sur quelques pionniers. Or la biodiversité devrait devenir aussi évidente que la performance énergétique ou la gestion de l’eau. »

La biodiversité devrait devenir aussi évidente que la performance énergétique ou la gestion de l’eau.


Selon eux, cela ne demande pas une révolution, mais un changement d’état d’esprit : intégrer la biodiversité dès le départ, associer systématiquement une expertise écologique, laisser de la place à la dynamique naturelle et penser la conception au-delà de la date de réception.

« Le secteur de la construction est prêt », conclut Wim. « Il faut maintenant que les maîtres d’ouvrage, les pouvoirs publics et les financeurs portent cette même ambition de manière cohérente et durable. »

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Texte : Embuild Vlaanderen
Photos : HOP.office, Auke De Backer, Beste Çakir, Didier El-Bacha, Joris Van Reusel en Tom De Koninck
Plus d’infos : https://interregvlaned.eu/natuur-inbouw/