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À la croisée de l’architecture, de l’intérieur et de la nature : Karlien Heremans, du rôle de visionnaire à celui de concepteur

Lors de la dernière édition de Meesters in de Tuin à Cuijk (Pays-Bas), le forum de la connaissance de CG Concept a une nouvelle fois constitué un véritable espace de réflexion, avec des présentations de fond sur la manière dont les jardins, les paysages et les espaces extérieurs peuvent répondre aux défis d’aujourd’hui et de demain. Parmi les intervenants figurait Karlien Heremans, fondatrice de studio k. Architecte d’intérieur, de jardin et de paysage, elle évolue précisément à la croisée de ces différentes disciplines. D’après elle, c’est exactement là où l’architecture, l’intérieur et le jardin se rencontrent, que naît la possibilité de regarder autrement — et surtout de concevoir autrement.

« Chez studio k, nous préférons nous libérer des schémas de pensée rigides, pour répondre avant tout aux besoins propres d’un lieu et de ses habitants », explique Heremans. « Ainsi naît un espace extérieur plus riche, tant en usages qu’en perceptions. »  « Un jardin n’a pas à choisir entre architecture et nature, ce qui est encore trop souvent interprété comme un choix entre la rigueur et le sauvage. Des éléments architecturaux peuvent parfaitement cohabiter avec une végétation naturelle et même se renforcer mutuellement. Structures et plantations créent ensemble un jardin vivant, pouvant évoluer avec le temps. »

Une inspiratrice visionnaire

Sur scène, Karlien Heremans définit son rôle comme celui d’une inspiratrice visionnaire. « Cela sonne ambitieux, mais en pratique cela signifie surtout que studio k veut montrer ce qui est possible, sans contraindre les commanditaires dans une direction précise. Inspirer et non convaincre. Proposer et non imposer. Chaque projet part des souhaits du maître d’ouvrage, de l’architecture du bâtiment et des besoins fonctionnels du jardin. En même temps, nous veillons de manière constante à préserver la place de la nature et de la plantation dans cet ensemble. » « Un jardin naturel n’est donc pas nécessairement sauvage, désordonné ou désorganisé. Nature et structure peuvent parfaitement coexister ; la nature aussi s’auto-organise. Certains propriétaires osent aller très loin dans la spontanéité de la composition végétale, tandis que d’autres se sentent plus à l’aise avec une lisibilité architecturale plus affirmée. Studio k se situe entre ces deux pôles, toujours à la recherche d’un juste équilibre. »

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On constate également que chez studio k, la plantation n’est jamais un simple remplissage a posteriori. « Outre la phase de conception où nous travaillons la forme, l’usage et la fonctionnalité, nous développons toujours un second niveau, tout aussi important, entièrement consacré à la plantation. Ce second niveau recèle des possibilités presque infinies. Ambiances, saisons, textures et évolution dans le temps font du jardin non pas une image statique, mais un espace en perpétuel changement. » C’est précisément là que réside, selon Heremans, la force de son métier. « En montrant aux gens comment fonctionne cette stratification, nous les motivons. Soudain, les commanditaires perçoivent des possibilités qu’ils n’avaient pas envisagées auparavant. L’inspiration ne se trouve pas dans de grands gestes, mais dans la capacité à regarder autrement ce qui est présent. Le sol, les matériaux, la relation entre l’intérieur et l’extérieur. Dans cette perspective, le jardin ne devient pas un décor, mais un véritable espace de vie, qui évolue avec ses utilisateurs et avec le temps. »

Deux niveaux de conception en synergie

Quiconque observe le travail de studio k perçoit immédiatement cette double lecture. Le premier niveau de conception évoqué par Karlien Heremans émane fortement de l’intérieur et de l’architecture de l’habitation. « Comment le jardin est-il vécu depuis l’intérieur ? Quelles sont les lignes de vue depuis les espaces de vie ? Que voit-on en ouvrant une fenêtre ou en entrant dans une pièce ? Grâce à une lecture en strates, où la plantation adoucit les perspectives et donne de la profondeur au jardin, intérieur et extérieur se renforcent mutuellement. » Le choix des matériaux joue également un rôle important à ce niveau de la conception. « Les matériaux présents à l’intérieur ou dans l’architecture peuvent réapparaître dans le jardin comme des références. Couleurs, textures et finitions assurent la cohérence, tandis que de légères variations apportent de la nuance.

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Une façade dans des tons doux de gris et de beige peut par exemple être complétée par une terrasse plus chaleureuse, rendant le jardin plus accueillant sans dominer l’ensemble. Cette lisibilité architecturale apporte de la sérénité, même lorsque la plantation devient plus riche. » Le second niveau, celui de la plantation, ajoute une dimension dynamique au jardin. « Il ne s’agit pas seulement de choix d’espèces, mais d’ambiance, de rythme et d’évolution. La plantation permet de créer différentes atmosphères au sein d’un même jardin et de les faire évoluer au fil des saisons. » Selon Heremans, c’est précisément cette interaction entre structure et croissance qui rend un jardin intéressant. « Non parce qu’il est figé, mais parce qu’il laisse place au changement sans perdre sa cohérence. »

Le point de convergence dans la pratique

Cette manière de penser se traduit chez studio k par des exemples très concrets. « Une terrasse ne doit pas nécessairement se trouver à l’extérieur », explique Karlien Heremans. « En ouvrant de grandes baies, un espace intérieur peut temporairement faire office de terrasse, libérant ainsi plus de place pour le vert et la plantation dans un jardin urbain. »

En ouvrant de grandes baies, un espace intérieur peut temporairement faire office de terrasse, libérant ainsi plus de place pour le vert et la plantation dans un jardin urbain.

« Et si l’on souhaite une terrasse extérieure, elle ne doit pas obligatoirement jouxter la maison, comme on le suppose automatiquement », poursuit-elle. « En plaçant la surface minérale plus loin dans le jardin, on crée une perspective stratifiée et davantage de profondeur. La terrasse devient alors un lieu en soi, intégré dans la nature, plutôt qu’un simple aménagement fonctionnel au pied de la façade. »

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« De même, un bassin de nage ou une ‘plunge pool’ ne doit pas toujours être profondément encastré dans le sol. En surélevant le volume, on limite les déblais et on crée en même temps un nouvel élément architectural dans le jardin. Le rebord peut servir d’assise et, en lui donnant une couleur, devenir une partie intégrante du projet. C’est en prêtant attention à ce qui est déjà présent que naissent souvent les solutions les plus surprenantes. »

Le sol, fondement de la robustesse climatique

Cette attention à l’existant se manifeste aussi dans la manière dont studio k aborde le sol et le sous-sol. De nombreux projets se situent en contexte urbain, où l’espace est rare et où le sol, la gestion de l’eau et le milieu végétal sont sous pression. C’est précisément là que Karlien Heremans perçoit non seulement les défis de la conception, mais aussi les opportunités.

Au lieu de tout enlever et de recommencer à zéro, nous examinons quelles plantes et quels arbres peuvent se développer sur les structures existantes.

« Au lieu de tout enlever et de recommencer à zéro, nous examinons quelles plantes et quels arbres peuvent se développer sur les structures existantes. Dans des jardins avec d’anciens remblais et des résidus de ciment, on peut par exemple travailler avec des espèces pionnières et des plantations robustes. Il en résulte un jardin qui s’ancre dans son contexte et coopère logiquement avec le lieu », explique-t-elle.

© Sarah Van Hove

En choisissant des plantes capables de supporter aussi bien des périodes humides que sèches, on crée des jardins qui s’adaptent au climat. « Cette approche exige une bonne connaissance du sol et du site, mais aboutit à des jardins moins dépendants d’interventions et d’entretiens intensifs. Pour nous, il est évident de partir du sol tel qu’il est. » Le sol n’est dès lors pas considéré comme une simple couche neutre, mais comme un système vivant qui conditionne la santé du jardin. En limitant les travaux du sol au strict minimum, ce système reste intact et les plantes ont la possibilité de se développer durablement. « Lorsque c’est possible, les interventions sont adaptées à ce que le sol peut supporter. La durabilité réside souvent dans de petites décisions qui, ensemble, font une grande différence. Tout ne doit pas être d’envergure ou spectaculaire pour avoir un impact. »

Créer l’émerveillement

« Un projet ne doit jamais être dominant. » Cette phrase tirée de la présentation de Heremans résume parfaitement la philosophie de conception de studio k. Les éléments architecturaux, les matériaux et les structures ont un rôle clair, mais ne doivent jamais éclipser la fonctionnalité ni le processus naturel. En adaptant les interventions à la capacité portante du lieu et en choisissant des matériaux qui vieillissent bien, le jardin bénéficie de l’espace nécessaire pour se développer naturellement.

Le jardin évolue avec les saisons, la lumière et l’ombre se déplacent, et chaque période révèle un autre visage du même lieu.

© Sarah Van Hove

« Lorsque l’on adopte cette attitude, un espace d’émerveillement s’ouvre naturellement pour le commanditaire », raconte Karlien Heremans. « Le jardin évolue avec les saisons, la lumière et l’ombre se déplacent, et chaque période révèle un autre visage du même lieu. Oiseaux et insectes trouvent leur chemin vers le couvert végétal, parfois à des moments inattendus. Tout ne peut pas être planifié ni prévu. Cette dynamique naturelle fait partie du projet, même si elle ne se laisse pas entièrement maîtriser. »

Le jardin n’est pas un point final, mais un point de départ : un cadre de vie qui évolue avec ses utilisateurs et contribue à une relation plus durable entre l’homme et la nature.

Dans les jardins urbains, où l’espace est rare, la nature redevient ainsi tangible et proche. Dans ce contexte, Heremans voit aussi un élargissement du rôle de l’architecte de jardin. « Concevoir reste essentiel, mais susciter l’inspiration et sensibiliser deviennent tout aussi importants. Le jardin n’est pas un point final, mais un point de départ : un cadre de vie qui évolue avec ses utilisateurs et contribue à une relation plus durable entre l’homme et la nature. C’est précisément là que résident la force et le sens de notre profession, n’est-ce pas ? »

© Sarah Van Hove
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Texte: Reine Driesen
Photos: studio k