Le Galaxy Utrecht, un trait d’union entre infrastructure, vie urbaine et espaces verts collectifs
Le quartier de la gare d’Utrecht Centraal constitue aujourd’hui l’un des projets de développement urbain les plus vastes et les plus ambitieux des Pays-Bas. À proximité immédiate de la gare émerge un nouveau centre urbain regroupant plus de trente-cinq projets, où habitat, travail, hébergement et loisirs se rencontrent au cœur de parcs, de places et d’espaces verts. Dans cette transformation à grande échelle, la place Jaarbeursplein occupe une position stratégique : elle fait office de charnière entre les infrastructures, la ville existante et les nouveaux quartiers résidentiels. C’est précisément à cet endroit clé que s’inscrit le Galaxy Utrecht, un projet de tour emblématique conçu par TANGRAM Architekten, sous la direction de l’architecte Bart Mispelblom Beyer.
Le Galaxy est pensé comme bien plus qu’une tour. Le projet fait office d’interface urbaine : un espace d’accueil pour la ville où se croisent voyageurs, habitants, clients de l’hôtel et visiteurs. Dans ce rôle, le bâtiment relie la grande infrastructure ferroviaire au tissu urbain finement maillé qui se développe ici depuis plusieurs années.
Un programme métropolitain mixte, organisé par niveaux
La Galaxy Tower s’élève à plus de quatre-vingt-dix mètres de hauteur et associe habitat, hébergement et fonctions publiques au sein d’un ensemble cohérent. Les huit premiers niveaux accueillent l’Amrâth Galaxy Jaarbeurs Hotel, un établissement d’environ 250 chambres, complété par un restaurant, des espaces de bien-être et une piscine. Au-dessus se déploient 317 logements locatifs, développés pour le NLV (anciennement Spoorwegpensioenfonds/ fonds de pension des cheminots). Sous le bâtiment, un parking intégré répond aux exigences du contexte urbain dense.
Ce qui distingue le Galaxy des tours mixtes plus classiques, c’est l’imbrication volontaire des fonctions et des services sur plusieurs niveaux. Les habitants peuvent accéder aux équipements de l’hôtel, tels que la salle de sport, le restaurant ou les services de conciergerie et de livraison, tandis que les clients de l’hôtel et les visiteurs entrent en contact direct avec la vie urbaine du Jaarbeursplein grâce à un socle ouvert et actif. Le bâtiment fonctionne ainsi comme un maillon urbain vivant, où différents groupes d’usagers se rencontrent sans se gêner mutuellement.
L’architecture, trait d’union entre ville et quartier
Sur le plan architectural, le Galaxy joue un double rôle. D’une part, la tour s’affirme comme une icône métropolitaine dans la skyline d’Utrecht ; d’autre part, son design s’adapte volontairement à l’échelle du nouveau quartier résidentiel autour de la gare. Cette transition est rendue possible par une composition en volumes superposés, qui fragmente la masse du bâtiment et en atténue la monumentalité.
La façade, richement détaillée, réalisée en céramique présente une texture bien lisible et une perception visuelle agréable. Le matériau vieillit avec élégance et entre en résonance avec le caractère robuste du contexte urbain. Grâce à la composition soignée des volumes et des façades, le Galaxy est reconnaissable de loin et offre, de près, une impression de qualité et de raffinement.

Le végétal comme principe structurant
L’intégration du végétal à différents niveaux constitue un élément fondamental du projet. Le Galaxy intègre des jardins sur toiture collectifs et des espaces extérieurs végétalisés, offrant aux résidents comme aux clients de l’hôtel de belles vues et des espaces de séjour agréables. Dans les étages résidentiels, des patios et des puits de lumière végétalisés amènent la lumière naturelle au cœur du bâtiment tout en créant de l’espace pour la plantation.
Ces structures végétales ne sont pas de simples ajouts décoratifs : elles traduisent une volonté affirmée de concilier habitat dense et contact avec la nature. Le site, autrefois connu pour ses jardins maraîchers, trouve ici une interprétation contemporaine qui réactive l’idée d’un espace végétalisé à la fois productif et collectif. Dans le projet Galaxy, le végétal est également conçu comme une infrastructure sociale. Plutôt que de multiplier de petites touches végétales éparses, le choix s’est porté sur quelques grands jardins collectifs répartis à différents niveaux. Cette échelle favorise les rencontres et rompt avec l’anonymat propre aux bâtiments de grande hauteur. Le végétal devient ainsi un outil spatial au service de la cohésion sociale autant qu’un levier écologique.
Plutôt que des touches végétales fragmentées, le projet privilégie quelques grands jardins collectifs répartis à différents niveaux.
« Les jardins sur toiture ne sont pas un simple décor ajouté en fin de projet », explique Bart Mispelblom Beyer. « Il faut les engager dès la conception. Cela implique d’intégrer d’emblée la structure porteuse, l’accessibilité, les usages et la gestion. Alors seulement les jardins sur toiture deviennent plus qu’une belle image. »
Les jardins collectifs sont répartis à plusieurs niveaux du bâtiment et associés à différents groupes d’usagers. Aux niveaux inférieurs, ils se rattachent au programme hôtelier et fonctionnent comme une extension des espaces publics. Plus haut, ils deviennent des pièces extérieures partagées pour les résidents, aménagées avec des aires de repos de différentes tailles. Il se crée ainsi une séquence informelle de lieux où des rencontres fortuites peuvent évoluer en habitudes quotidiennes.
« Le problème avec beaucoup de grands immeubles urbains, c’est que les gens ne se croisent jamais. Vous entrez anonymement, prenez l’ascenseur et disparaissez. Avec ces jardins, mais aussi avec le grand hall d’entrée doté d’espaces de rencontre collectifs, d’une salle de lecture et de réunion et même d’une cheminée, nous avons voulu briser cet anonymat », explique Mispelblom Beyer. L’objectif est également de permettre aux résidents d’utiliser les différentes installations de l’hôtel, telles que le restaurant, le centre de bien-être et la piscine.

Le Galaxy au sein du Healthy Urban Quarter
Le Galaxy s’inscrit dans le cadre plus large du Healthy Urban Quarter, un concept urbain mettant l’accent sur la santé, la durabilité et la qualité de séjour. Le socle ouvert, animé par des fonctions horeca et commerciales, renforce la vitalité du site et invite à s’y attarder. Le lounge de l’hôtel, orienté vers le Jaarbeursplein, agit comme un véritable salon urbain, où intérieur et extérieur se prolongent naturellement. Sur le plan technique, le bâtiment répond à des exigences élevées en matière de durabilité. Des panneaux solaires intégrés et des installations énergétiquement performantes contribuent à une faible consommation. Mais la durabilité à long terme est tout aussi essentielle : en misant sur des espaces collectifs, le végétal et l’adaptabilité des fonctions, le bâtiment conserve sa pertinence dans le temps.
« Pour nous, le Healthy Urban Quarter n’est pas une checklist ni un label, mais une manière de penser. Il s’agit de comprendre comment les personnes se déplacent dans le bâtiment, où elles se rencontrent, comment l’intérieur et l’extérieur se répondent, et comment le végétal et les espaces collectifs deviennent des évidences. »
Dans les projets de grande hauteur, une tension apparaît inévitablement entre surfaces dédiées au végétal et surfaces destinées à la production d’énergie. Au Galaxy, le choix a été fait de réserver prioritairement les toitures aux jardins collectifs et d’intégrer une partie de la production photovoltaïque dans les façades. Cette décision souligne l’ambition de considérer la qualité de vie et l’adaptation climatique comme aussi essentielles que la performance énergétique.
Adaptation climatique en contexte dense
Dans un environnement fortement urbanisé comme celui du quartier de la gare, l’adaptation climatique joue un rôle déterminant. Les jardins sur toiture et les terrasses végétalisées du Galaxy contribuent au stockage temporaire des eaux pluviales et à leur évacuation différée. Ils favorisent également l’évaporation et le rafraîchissement de l’air, limitant ainsi les phénomènes d’îlots de chaleur.
Les jardins sur toiture et les terrasses végétalisées du Galaxy assurent à la fois la rétention de l’eau de pluie et la réduction du stress thermique.
En répartissant le végétal sur plusieurs niveaux plutôt que de le concentrer sur une seule toiture, le projet met en place un système climatique stratifié, plus robuste que les solutions traditionnelles. Cette approche implique une conception technique extrêmement précise : les jardins fonctionnent comme des bassins tampons où l’eau est temporairement stockée puis évacuée de manière contrôlée. Drainage, rétention et composition des toitures ont été conçus de façon intégrée afin d’éviter toute surcharge ou risque pour les fonctions sous-jacentes.
« Ces toitures sont en réalité des systèmes de rétention. Elles stockent l’eau, la filtrent et l’évacuent de manière maîtrisée. Cela exige un niveau de détail très élevé, car la moindre infiltration serait inacceptable dans un bâtiment de cette complexité. »

La qualité de vie collective comme fondement du projet
Le Galaxy Utrecht n’est pas un simple exercice de construction en hauteur, mais une réflexion approfondie sur la qualité de vie collective au cœur d’une ville dense. En associant habitat, hébergement, travail et détente à des espaces verts et publics, le bâtiment devient plus que la somme de ses fonctions. Il constitue un lieu où l’urbanité se vit pleinement. Pour TANGRAM, le Galaxy est un projet de référence majeur. Il démontre que la construction en hauteur, lorsqu’elle est conçue avec soin, peut contribuer à la qualité de vie, à la santé et à une meilleure relation entre le bâtiment et son environnement. À une époque où la densification est souvent perçue comme un mal nécessaire, le Galaxy propose une autre lecture : celle de la tour comme porte d’entrée accueillante de la ville.
Texte : Manuel Lub
Images : TANGRAM Architectes
www.tangramarchitekten.nl

