Qu’attendent actuellement les particuliers de leur espace extérieur ? Entretien avec Wim Houtmeyers
La demande d’espaces extérieurs verdoyants n’a jamais été aussi forte. Les particuliers rêvent d’un jardin qui apaise, reste beau toute l’année, encourage la biodiversité et demande très peu d’entretien. Mais dès qu’on tente de traduire ces attentes dans un aménagement réaliste, les contradictions émergent. « Ils veulent un arbre, mais pas de chute de feuilles. Ils veulent des papillons et des oiseaux, mais de préférence sans insectes », sourit Wim Houtmeyers de la jardinerie et pépinière Houtmeyers. « Les gens parlent beaucoup de nature, mais réfléchissent rarement à ce que ça implique réellement. » Plus que jamais, cela demande aux architectes paysagistes et aux entrepreneurs de jardins non seulement de concevoir et de réaliser, mais aussi d’expliquer, de nuancer et d’accompagner.
Des attentes en pleine évolution
Les clients sont de plus en plus sensibles aux questions de climat, de nature et de biodiversité. Ils voient des images inspirantes en ligne, lisent des articles sur les îlots de chaleur ou l’infiltration de l’eau, et veulent appliquer ces idées chez eux. Mais ils ne réalisent pas toujours ce que cela implique en termes de conception, de réalisation et d’entretien. « Ils veulent tout en même temps : couleur, floraison, structure, persistance, biodiversité et peu d’entretien. Or, ces souhaits ne sont pas toujours conciliables. »
Selon Houtmeyers, cela reflète une méconnaissance de ce que signifient vraiment biodiversité et résilience climatique dans le contexte d’un jardin. « Ils en parlent, mais restent finalement assez loin de ces réalités. En tant qu’entrepreneur, il faut accompagner mais aussi recadrer. Les clients veulent un bon résultat, mais ont besoin de votre expertise. Aujourd’hui, la communication fait plus que jamais partie du métier. »

Clients différents, approches différentes
Certains clients savent parfaitement ce qu’ils veulent, d’autres n’en ont aucune idée. Wim Houtmeyers distinguent quatre grands profils, en fonction de leurs connaissances préalables, de leurs préférences stylistiques et de leurs attentes. « Tous les designs ou tous les types de plantations ne conviennent pas à tous les clients. Vous devez vous adapter à la maîtrise et aux compétences de chaque client. »
Les amateurs de vivaces – simplicité avant tout
C’est le profil le plus courant. Ils privilégient les plantes vivaces avec une apparence simple et structurée. Des espèces robustes, à croissance prévisible et belles tout au long de la saison. « Mais même dans ce cas, il est important de bien les accompagner. Beaucoup de particuliers ont des idées, mais ne savent pas toujours comment les traduire en une bordure cohérente. »
Les adeptes du naturel – style libre et sauvage maîtrisé
Un groupe plus restreint, qui préfère les prairies fleuries et les plantes sauvages. Il s’agit souvent de clients qui recherchent un jardin plus naturel ou plus écologique, sans pour autant paraître négligé. « Ils sont ouverts à la biodiversité, mais cela nécessite de bonnes explications et des exemples concrets. S’ils ne visualisent pas ce que cela donnera,ils décrochent. »
Les clients en quête de structure – bordures d’arbustes
Ce troisième profil regroupe les clients qui recherchent de la structure grâce à des arbustes d’ornement ou des persistants. « Cela leur donne des repères. Souvent, ils commencent seuls, puis viennent solliciter de l’aide pour finaliser ou améliorer leur projet. »
Ceux qui rêvent de grands arbres
Enfin, on observe une évolution notable dans la demande d’arbres. « Beaucoup veulent un arbre comme élément accrocheur, mais craignent l’entretien ou les racines. À nous, entrepreneurs de jardins, de lever ces appréhensions par des explications et un choix judicieux. »

Accompagner, communiquer, collaborer
Houtmeyers note encore parmi sa clientèle une incertitude flagrante quant aux aspects pratiques. « Certains demandent : “vous faites aussi la plantation ?” ou s’inquiètent : « “Les racines ne risquent-elles pas d’atteindre les conduites ?”. » De telles questions traduisent un manque de confiance très répandu dans leurs propres connaissances. « Les clients sont sincèrement intéressés, mais ne savent souvent pas comment se comporte une plante ni comment elle se développe. Ils ont peur de faire des erreurs. »
Selon Wim Houtmeyers, derrière cette incertitude se cache un phénomène plus large : une distance grandissante avec la nature. « Les gens ne savent plus ce qui est normal dans un jardin. En automne, je reçois des appels de clients inquiets parce que les feuilles de leur arbre jaunissent. Au printemps, ils s’alarment parce que leur arbre est encore nu alors que d’autres plantes ont déjà bourgeonné, alors qu’il s’agit simplement d’une espèce tardive. » Ce type de réaction montre que les connaissances de base manquent de plus en plus. « Il faut réapprendre aux gens à observer la nature. »
Pour les entrepreneurs de jardins, cela signifie faire preuve de beaucoup de patience et offrir une communication claire. « Expliquer comment un arbre évolue au fil des saisons, quelles plantes sont persistantes ou comment une bordure se développe : tout cela fait partie du métier. »
Les particuliers qui ne font pas appel à un professionnel restent souvent dans le doute. « Un bon paysagiste peut les accompagner et leur simplifier la vie », poursuit Houtmeyers. « À la pépinière, nous conseillons volontiers les particuliers, mais nous travaillons aussi en étroite collaboration avec des professionnels du paysage qui apportent ce supplément d’expertise sur le terrain. Au bout du compte, les gens veulent simplement comprendre leurs choix et s’y sentir bien. »
Grands arbres et petits jardins
« Les clients veulent un arbre, mais craignent les conséquences. Ils s’inquiètent de l’ombre, des feuilles, des racines ou des dommages aux conduites. »
La demande d’arbres adultes augmente dans les jardins privés. Un arbre apporte du caractère, de la structure, de la fraîcheur et de l’ombre à un jardin. Et il contribue à la biodiversité. Pourtant, beaucoup hésitent encore. « Les clients veulent un arbre, mais craignent les conséquences », raconte Wim Houtmeyers. « Ils s’inquiètent de l’ombre, des feuilles, des racines ou des dommages aux conduites. »
Pour les entrepreneurs de jardins, c’est un rôle essentiel : rassurer en prodiguant de bons conseils et une expertise solide. Cela commence évidemment par le choix de l’arbre. « Toutes les espèces ne conviennent pas à toutes les situations. Vous devez examiner la vitesse de croissance, la taille finale, le comportement racinaire et le contexte du jardin. Avec la bonne espèce au bon endroit, on évite bien des problèmes à long terme. À la pépinière, nous accompagnons volontiers les entrepreneurs de jardins dans leurs conseils. »
La manière de planter joue également un rôle. « Dans les petits jardins, les défis logistiques sont fréquents. Pourtant, on peut parfaitement y planter un arbre de plus grande taille », affirme Houtmeyers. « Avec les bons outils, tout est possible : grues à bras rallongé, plaques de roulage pour protéger le jardin, ou méthodes spéciales telles que l’ancrage souterrain plutôt que les tuteurs. »
Cela permet de combiner un impact visuel fort avec un ancrage durable dans le design. « Un arbre est un investissement, mais aussi un signal fort. Cela montre que vous pensez à long terme – et ça, c’est contagieux. Un seul arbre bien choisi et bien implanté peut faire la différence dans un quartier. »
Toitures végétalisées : un impact croissant
Les toitures végétalisées séduisent de plus en plus, y compris les particuliers. Surtout en ville, où l’espace manque, c’est une solution de végétalisation intéressante. « La demande s’intensifie, particulièrement lors des rénovations ou du réaménagement d’un toit plat », observe Wim Houtmeyers. Les avantages sont évidents : une toiture végétalisée offre une meilleure qualité de vie, aide à la rétention de l’eau de pluie et contribue à un climat intérieur plus agréable.
Pourtant, certains restent difficiles à convaincre. L’idée qu’une toiture végétalisée est complexe ou coûteuse est encore bien ancrée, alors que ce n’est pas toujours le cas. « Ce n’est pas comme aménager un jardin complet sur un toit », souligne Houtmeyers. « Quelques graminées ou vivaces peuvent déjà faire une grande différence. » Il est essentiel cependant de concevoir correctement le système, en étant attentif au poids, au drainage et à l’entretien. L’effet d’exemple joue ici un rôle clé. Lorsque les gens voient les possibilités — chez des voisins, dans des projets de référence ou sur les réseaux sociaux — ils sont rapidement convaincus. « Parfois, un seul bon exemple suffit à convaincre d’autres. »
De la vision à l’imagination
Une bonne discussion, c’est une chose, mais au final, les clients veulent surtout visualiser ce qu’ils obtiendront. « On ne peut pas supposer qu’ils peuvent l’imaginer seuls », reprend Wim Houtmeyers. « Un plan ou un rendu aide, mais un jardin témoin ou un projet de référence fait toute la différence. »
Chez Houtmeyers, on remarque que les clients ne sont vraiment convaincus que lorsqu’ils peuvent voir, sentir, toucher les plantes et surtout appréhender concrètement leur rendu à long terme. « Ce que vous montrez doit être reconnaissable et réaliste. Une photo spectaculaire dans un livre de design, c’est séduisant, mais ne révèle en rien ce que cela donnera sur le terrain du client. »
Le temps est également un facteur crucial. Un jardin, c’est un organisme vivant, qui évolue, pas une image figée. Les plantes poussent, les saisons passent, et ce n’est qu’au bout de quelques années que tout prend véritablement forme. Préparer les clients à cette temporalité demande des connaissances, mais aussi de l’empathie et de l’honnêteté. « Mieux vaut un jardin réfléchi et durable, qu’un plan tendance qu’il faudra refairet dans cinq ans. »
Texte : Rosalie Magriet
Photos : Plantencentrum en Boomkwekerij Houtmeyers

