© Shutterstock

Travailler à proximité des réseaux : les risques invisibles que tout entrepreneur de jardins doit maîtriser pour travailler en sécurité

Les acteurs de l’aménagement de jardins, parcs et infrastructures sont aujourd’hui confrontés à un sous-sol complexe. Sous presque chaque parcelle s’étend un réseau dense d’électricité, de gaz, de télécommunications, d’eau et d’assainissement, souvent combiné à des modifications antérieures du sol. L’entrepreneur de jardins n’opère donc plus uniquement au niveau « végétal », mais dans un environnement technique où la moindre erreur peut avoir de lourdes conséquences. Les conseillers en prévention mettent le secteur en garde depuis des années : beaucoup de professionnels continuent à sous-estimer les risques.

La catastrophe de Ghislenghien rappelle au secteur à quel point les travaux à proximité des réseaux peuvent déraper : un geste de terrassement routinier, aux conséquences dramatiques. Mais des incidents plus « modestes » — un arc électrique sous une ligne à haute tension, une conduite de gaz endommagée lors du battage d’une structure de jardin, une pollution inattendue aux hydrocarbures (mazout) — peuvent aussi transformer un chantier à priori simple en blocage juridique de plusieurs mois.

L’obligation de consulter les plans : KLIP, KLIM et KLIC

Un constat revient sans cesse : de nombreux entrepreneurs de jardins pensent encore que la demande de plans n’est obligatoire que pour de grands travaux d’infrastructure. C’est faux. N’importe quel poteau à enfoncer, tranchée à creuser, végétation à enracinement profond à planter ou armoire de chantier à installer nécessite une consultation des plans au préalable. Cette obligation s’applique aussi bien pour l’espace public que pour le plus petit jardin privé.

En Flandre, cette démarche se fait via le Kabel- en Leidinginformatieplatform (KLIP) ; en Wallonie et à Bruxelles via KLIM, la plateforme du Point de Contact fédéral d’Informations Câbles et Conduites (CICC) ; et aux Pays-Bas via le Kabels en Leidingen Informatie Centrum (KLIC). La demande doit être réalisée dans les délais — au plus tôt quarante jours avant le début des travaux en Belgique et vingt jours aux Pays-Bas — et constitue une base juridique essentielle pour travailler en sécurité. Beaucoup oublient qu’endommager un réseau sans consultation préalable des plans peut avoir de lourdes conséquences en matière de responsabilité et de couverture d’assurance, tant pour les grandes entreprises que pour les indépendants.

© Lizzy Heylen, Shutterstock

Beaucoup oublient qu’endommager un réseau sans consultation préalable des plans peut entraîner de lourdes conséquences en matière de responsabilité et de couverture d’assurance.

Mais même avec les plans en main, la prudence reste de mise. Les plans indiquent l’existence de réseaux, pas leur position exacte. Remblaiements, tassements, travaux antérieurs, mouvements naturels : en pratique, la réalité diffère souvent du schéma. Une conduite annoncée à 80 cm peut se trouver à 30 cm… ou inversement.

Les conseillers en prévention insistent dès lors sur un point clé : une tranchée de reconnaissance ou un sondage (fosse test) n’est pas un « détail » facultatif, mais une étape indispensable. Les profils en travers présentés dans les directives techniques — montrant notamment la stratigraphie du sol, les réactions huile-eau et les points de détection — illustrent à quel point le sous-sol peut être imprévisible. Des câbles peuvent être posés très superficiellement, des conduites de gaz peuvent s’écarter de leur tracé théorique, et certaines sociétés de réseau n’indiquent aucune profondeur sur leurs plans parce qu’elle varie en pratique.

Lignes à haute tension : le danger invisible

Les professionnels principalement actifs dans les jardins peuvent se sentir moins concernés par les lignes aériennes à haute tension. Pourtant, on dénombre chaque des incidents lorsque des échelles, des engins de chantier, des branches ou des éléments métalliques s’en approchent de trop près. Le danger réside dans l’arc électrique : une décharge capable de se produire sans contact direct avec le câble.

© Lizzy Heylen, Shutterstock

Le danger réside dans l’arc électrique : une décharge capable de se produire sans contact direct avec le câble.

La distance de sécurité légale varie selon les portées et est calculée par le gestionnaire de réseau Elia en fonction de la tension, de la suspension, de la charge et du terrain. Il est donc impossible de juger « à l’œil » si une situation est sûre. Travailler sous des lignes à haute tension sans vérification préalable est l’une des erreurs les plus risquées qu’un entrepreneur puisse commettre.

Conduites de gaz : petites erreurs, grandes conséquences

Les conduites de gaz exigent une vigilance accrue. Les conseillers en prévention constatent encore trop souvent que des entrepreneurs stockent des matériaux lourds au-dessus d’une conduite ou utilisent une plaque vibrante sans précaution. Ces pratiques peuvent provoquer des dommages minimes à première vue, qui se manifestent plus tard par une fuite, voire une explosion.

Les conduites mentionnées sur les plans mais introuvables sur le terrain constituent un autre risque. La règle est simple : arrêt immédiat des travaux et contact avec le gestionnaire. Une conduite non localisée représente toujours un danger potentiel.

Une obligation parfois oubliée : le plan de suivi de démolition

L’aménagement de jardins ne se limite pas toujours aux plantations. De plus en plus souvent, des travaux de démolition, de désasphaltisation ou d’infrastructure sont nécessaires avant de réaménager. En Flandre, lorsque la démolition ou le démantèlement porte sur un volume supérieur à 250 m³, un plan de suivi de démolition (SOP) est obligatoire. Établi par un expert Tracimat agréé, ce document joue un rôle clé dans la demande de permis, les marchés publics et les contrats. En Wallonie, certains maîtres d’ouvrage imposent également un tel plan, de manière plus spécifique au projet. Ces obligations sont distinctes de celles liées au désamiantage.

En l’absence de SOP alors qu’il est légalement requis, tous les matériaux issus de la démolition sont automatiquement considérés comme à haut risque, entraînant des coûts de traitement plus élevés. Le maître d’ouvrage peut en outre tenir l’entrepreneur responsable du non-respect de la réglementation.

Terrassements et pollution des sols : quand l’arrêt s’impose

Toute excavation doit tenir compte d’une éventuelle pollution du sol car elle peut potentiellement révéler une ancienne citerne à mazout, une conduite défectueuse ou des résidus chimiques enfouis. En Flandre, au-delà de 250 m³ de déblais, un rapport technique préalable est obligatoire, mais même en dessous de ce seuil, des situations problématiques peuvent survenir.

Dans ce cas, l’entrepreneur doit :

  • arrêter immédiatement les travaux ;
  • informer le propriétaire ou l’exploitant ;
  • avertir l’organisme de gestion des sols (comme Grondwijzer) ;
  • inciter le propriétaire à désigner un expert agréé en assainissement des sols.

Dissimuler des terres polluées sous une couche de terre végétale n’est jamais une option — c’est interdit, dangereux et source de lourdes responsabilités. Les citernes à mazout retirées doivent toujours être nettoyées préalablement et évacuées de manière traçable.

Les citernes à mazout retirées doivent toujours être nettoyées préalablement et évacuées de manière traçable.

Conseiller en prévention et coordinateur sécurité : bien plus qu’une formalité

L’une des obligations les plus méconnues du secteur concerne la coordination de la sécurité. Dès que deux entreprises — même non présentes simultanément — interviennent sur un chantier, un coordinateur sécurité doit être désigné. Cette obligation s’étend également aux fournisseurs de matériaux de construction et organismes de contrôle.

© Lizzy Heylen, Shutterstock

Pour les petites entreprises, cela implique généralement de faire appel à un conseiller en prévention externe. Cela peut sembler purement administratif, mais il s’agit d’un élément crucial pour une gestion de chantier professionnelle. En cas d’accident du travail, l’employeur peut être tenu responsable, et l’assureur peut refuser d’indemniser si la réglementation n’a pas été respectée. Un bon conseiller en prévention repère des risques que d’autres ne voient pas. Il ou elle alerte, accompagne et évite que des entrepreneurs ne se retrouvent, souvent sans en avoir conscience, dans des situations dangereuses. Dans un contexte où le sous-sol se densifie et où les projets se complexifient, ce n’est pas un luxe mais une condition de base pour travailler en sécurité.

Un nouveau standard pour le secteur vert

L’entrepreneur de jardins moderne doit être plus qu’un spécialiste des plantes et des revêtements. Travailler de manière professionnelle suppose de comprendre le sous-sol et de reconnaître qu’il comporte autant de risques que les activités de construction en surface. Les conseillers en prévention le rappellent sans relâche : les accidents ne sont généralement pas dus à la mauvaise volonté, mais à la sous-estimation des risques. En planifiant mieux, en consultant les réseaux à temps et en travaillant selon les règles, l’entrepreneur protège non seulement sa propre sécurité, mais aussi celle de son équipe, du maître d’ouvrage et de l’environnement.

Travailler en sécurité n’est pas un frein à la créativité ni à la rapidité : c’est une forme de savoir-faire.

Dans un contexte où durabilité, qualité et fiabilité prennent une importance croissante, la prévention est une composante essentielle du travail professionnel en espaces verts.


Texte : Lizzy Heylen
Photos : Lizzy Heylen, Shutterstock